100 km de Millau –

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Le 28 septembre avait lieu la 42ème  édition des 100 km de Millau.

C’est une course à pied mythique par sa difficulté mais aussi par son cadre, avec le viaduc et les gorges du  Tarn.

J’ai décidé de relever le défi pour mes cinquante ans ! Etant plus habitué aux marathons, il m’a fallu faire une préparation spécifique avec plus de mille kilomètres de course étalés sur neuf semaines. Je remercie Stéphan Orlof, meneur d’allure en 12h pour ce 100km, qui m’avait communiqué son programme d’entraînement, basé uniquement sur l’endurance, avec des allures à tenir aussi bien sur le plat, en descente mais aussi en côte. Il a été très disponible pour toutes mes demandes de conseils.

Comme le stipule le règlement, les coureurs ont droit à un « suiveur » (accompagnateur à vélo). C’est Murielle qui a bien voulu tenir ce rôle, essentiel à mon avis pour franchir la ligne d’arrivée. C’est un atout très précieux, non seulement pour porter boissons, nourriture et vêtements, mais aussi pour un soutient moral et des conseils tout au long de la course.

L’entrainement en binôme n’a pas été de tout repos. Pour ne pas perdre trop de temps aux ravitaillements, j’ai dû apprendre à manger et boire tout en courant. Il faut dire que ce n’est pas une chose aisée, et ça l’est encore moins lorsque la personne qui vous tend les tartines est en train de pédaler.

Je me présente sur la ligne de départ, il est neuf heures trente. Murielle et les autres suiveurs se dirigent au septième kilomètre du parcours, au village d’Aguessac, afin de faciliter le départ des coureurs.

La météo est clémente, il fait vingt degrés, sous un ciel nuageux. Pas de pluie, ni de vent.

Pour venir à bout de cette distance, j’ai décidé de la diviser en trois parties et de me concentrer uniquement sur la partie en cours.

Dix heures, le coup de pistolet libère les coureurs et me voilà parti pour la première étape, comparable à un échauffement : le marathon.

Oui cela peut faire sourire un échauffement de quarante-deux kilomètres, mais cette boucle au vue de son profil ne présente aucune difficulté, si ce n’est de respecter son allure dès le début de la course.

 

Il y a beaucoup de spectateurs sur le départ, une bonne ambiance règne autour de nous. Je trouve instinctivement ma foulée, tant répétée lors des entraînements. Les kilomètres défilent sans problème, je prends le temps de discuter avec d’autres coureurs. J’arrive à Aguessac, premier ravitaillement mais je ne m’arrête pas car je sais que Murielle n’est pas très loin et qu’elle a ce qu’il me faut dans son panier… Enfin en théorie car Murielle a eu la mauvaise surprise de voir que les suiveurs lors de leur arrivée dans Aguessac étaient déviés afin de ne pas passer par le 1er ravitaillement !

Je la retrouve à la sortie du village sans difficulté, outre la décoration mise en place sur son vélo (ballon gonflé à l’hélium), les suiveurs sont rangés selon le numéro de dossard  et sont soit à droite pour un dossard pair, soit à gauche pour un impair. Ca y est, notre départ en duo commence. Mais il faut très prudents car contrairement aux entrainements, nous ne sommes pas seuls. Il y a beaucoup de monde, et les dépassements deviennent difficiles.  Les kilomètres passent sans que je m’en rende compte. Nous discutons beaucoup et admirons le paysage. Nous faisons un point tous les cinq kilomètres pour vérifier que notre allure est bonne.

La première étape se termine sans soucis en quatre heures et quarante minutes. Je passe le point de contrôle avec cinq minutes d’avance sur mon programme. Je prends un bon ravitaillement et pars retrouver Murielle qui m’attend à la sortie du parc de la victoire.

Nous voilà partis pour la deuxième étape, une course de vingt-neuf kilomètres entre Millau et Saint Affrique. Les premières difficultés du parcours ne tardent pas à arriver.

Nous sommes au pied de la première côte qui nous fera passer sous le viaduc. Comme programmé lors des entraînements, j’attaque la montée en alternant quarante secondes de course et vingt secondes de marche. Nous prenons le temps de nous arrêter faire quelques photos, puis je finis la côte en marchant.

Nous arrivons au cinquantième kilomètre, aucun problème physique ou mental. Je suis vraiment bien dans ma course, nous parlons beaucoup avec Murielle. Elle me raconte des devinettes laissées par des amis de Courir à St Alban, ils avaient peur que nous trouvions le temps long. Ma foulée est toujours bonne, nous passons de village en village et arrivons à la célèbre montée de Tiergues. C’est une côte très longue (digne du tour de France selon certains commentateurs télé). Je décide de faire la côte en marchant car la route et encore longue. Une petite douleur sur le tendon d’Achille vient me troubler l’esprit, je pense à un début de crampe. Murielle me recommande de souffler à fond et de bien dérouler le pied. Malgré ce petit souci je n’ai pas de pensées négatives.

Enfin le sommet de la côte ! Maintenant, c’est une descente toute aussi longue qui nous attend.  Je me remets à courir et la douleur disparait. Après sept kilomètres de pente plus ou moins raide, nous arrivons à la fin de cette deuxième étape, le village de St Affrique, à soixante et onze kilomètres du départ. Je suis juste dans les temps : huit heures et quinze minutes.

Nous faisons une petite pause ici. Une fois passé le point de contrôle, je récupère mon sac que l’organisation avait acheminé. Je change de vêtements pour repartir bien au sec, un coupe vent et la lampe frontal. Il est plus de  dix-huit heures, la nuit ne va pas tarder à tomber.

Je mange un peu et me désaltère, et juste avant de repartir je me dis « troisième et dernière étape. Il ne me reste qu’une course de vingt-neuf kilomètres, comme une sortie lors de mes entraînements ». Mentalement cela fait beaucoup de bien.

Je pars en courant, mais pas très longtemps. Cette dernière étape est la même que la précédente mais en sens inverse. J’attaque donc cette grande montée en marchant, nous prenons le temps de discuter avec les autres coureurs et nous encourageons ceux que nous croisons et qui n’ont pas encore rejoint St Affrique.

La nuit est là, il nous faut allumer nos lampes. Pour les ravitaillements restants, nous avons décidé de nous arrêter ensemble car un peu plus tôt, nous avions failli nous perdre. Murielle avait prit un peu d’avance pour refaire le plein et de retour sur son vélo, elle ne savait pas si j’étais encore derrière ou déjà passé. J’étais bien passé mais m’étais arrêté deux cents mètres plus loin. J’avais anticipé ses craintes.

Arrive le kilomètre quatre-vingt-cinq, et bientôt  la dernière montée. Je commence à avoir des douleurs sur les cuisses. J’alterne des portions de marche et de course, puis je marche dès le début de la côte.

Nous passons le panneau « kilomètre quatre-vingt-dix » et un peu plus loin, la côte se termine. C’est une descente qui nous ramène vers Millau. Je me remets à courir, mais mes cuisses sont tellement dures que j’ai l’impression que la route monte encore.

Petit à petit la douleur diminue. Pour ne pas me retrouver bloqué par une crampe, je continue l’alternance de course et marche. Nous arrivons enfin en ville, les spectateurs se font de plus en plus nombreux.

Je vois l’entrée du parc de la victoire, il reste quelques centaines de mètres. Et là, porté par la foule, je cours, j’accélère même. Les douleurs disparaissent comme par magie. C’est aussi là que la route de  Murielle s’arrête. Après tous ces kilomètres à mes côtés, à me soutenir, elle n’a pas le droit de franchir la ligne d’arrivée. Ce privilège est, malheureusement, réservé aux coureurs.

Je rentre dans la salle et passe sous le panneau « cent kilomètres ». Sur la ligne d’arrivée, j’affiche un temps total de douze heures trente minutes et cinquante-sept secondes. Je suis tellement heureux d’avoir réussi ce défi.

J’ai pris énormément de plaisir à courir mon premier cent kilomètres. Le duo avec Murielle a fonctionné à merveille. Elle représente une grande part dans cette réussite. Mentalement, aucune pensée négative ne m’a parcouru l’esprit, signe d’une préparation bien menée. A l’inverse de la course Saint-Etienne – Lyon, jamais je ne me suis demandée « mais qu’est ce que je fais là ».

Mon seul regret est que Murielle ne soit pas avec moi sur la photo lors du passage de la ligne d’arrivée.

Richard

 

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